... ou comment se tromper de combat.
Jeunes nullipares, profitez de votre jeunesse naïve. Bientôt vous ferez un enfant et bientôt vous entrerez dans le monde fabuleux de la maternité. Et vous entrerez en guerre!
Vous pensiez, tranquillement, réfléchir à l'allaitement, le ferez vous ou non, combien de temps, qui pourra vous renseigner, qui pourra vous aider si vous le choisissez, ou si au contraire vous
préférez le biberon.
Eh bien oubliez ça.
Vous êtes enceinte, vous êtes tenue de choisir votre camp!
Vous allaitez, vous devrez rejoindre le camp de pro-allaitement, vous choisissez le biberon, vous devrez rejoindre le camp des anti-allaitement.
Pas de demi-mesure possible.
Et si jamais vous essayez, autour de vous, sur un forum de discussion, au détour d'un blog, on vous agressera suffisament sur votre choix pour que vous soyez OBLIGEE de vous défendre. Le ton va
fatalement monter.
Et à votre tour sur la défensive, vous agresserez au détour d'une discussion une "opposante".
Triste, mais à peine caricatural.
Peu de femmes peuvent se vanter de n'avoir ressenti aucune pression, dans un sens ou un autre autour de l'allaitement.
Si vous allaitez peu ou pas, vous ne donnez pas le meilleur à votre bébé, si vous allaitez plus de 6 mois beuuaaaar, vous êtes une vache à lait déviante. Si vous allaitez ET donnez un bib (comme je
l'ai fait pour essayer d'allonger mes nuits et caler le bébé affamé), vous faites mal, vous allez lui donner de mauvaises habitudes. Si vous tirez votre lait avant 3 semaines malheureuse, vous
allez pourrir votre lactation, et si vous tirez votre lait de toute façon après le bébé ne voudra plus téter votre sein.
Enfin, quoique vous fassiez, vous faites mal.
Déjà, ça commence à la maternité.
Heureusement que l'allaitement se passait bien, sinon j'aurais du faire appel aux puers nageuses est-allemandes, aimables comme une porte de prison, brutales dans leur façon de manipuler la tête du
bébé, et qui viennent vous pincer le téton comme si c'était de la pate à modeler (hey de quoi je me mêle!!!). De quoi refroidir les plus hardies!
Pffffff.
J'ai allaité 3 mois, le temps du congé mater, sans problème, si ce n'est celui de la fatigue.
J'ai tiré mon lait au bout de 10 jours, sans problème.
J'ai ajouté un bib de lait maternisé au bout d'un mois le soir, sans problème.
Et j'ai arrêté quand j'ai repris le boulot, parce que je me levais à 5h45 pour prendre un train, et que j'allais pas en plus me lever à 4h pour tirer mon lait (et là on a encore essayer de me faire
culpabiliser d'arrêter un allaitement qui se passait bien...)
Je suis tombée des nues, et j'ai vraiment halluciné de l'animosité ambiante.
Il faut arrêter le massacre, il faut arrêter les idées toute faites et la culpabilisation à outrance.
Comment être mère, être femme, et être bien sans s'écouter soi? Comment bien faire avec son enfant sans l'écouter lui? Et surtout, comment imaginer qu'une mère ne veuille pas le meilleur pour son
enfant????
Chaque femme devrait pouvoir trouver une oreille attentive et les conseils dont elle a besoin pour suivre ses choix. Et le combat, il est là, clairement.
Que l'allaitement (ou le non allaitement, d'ailleurs) devienne une arme politique, ou une revendication féministe me pose réellement problème. Le droit de choisir la façon dont on nourrit notre
enfant et la possibilité de le faire aussi longtemps qu'on le souhaite, oui d'accord, faisons évoluer les mentalités là dessus. A la limite en les intégrant dans la (longue) liste de tout ce que le
monde politique/du travail pourrait faire pour que chaque femme puisse vivre SA vie de femme (je pense notamment à la pénurie de mode de garde!!!)
Et mettons toute notre énergie à défendre nos droits là où elle sera vraiment utile, à notre échelle, dans les CE, dans les entreprises.
L'allaitement est un acte intime, et un choix personnel. Montrons aussi que nous sommes capables de respecter celui des autres.